Questions au pédiatre
le Docteur Christophe PHILIPPE
Hôpital Louis-Mourier (AP-HP) - Colombes 92 Pédiatre Spécialiste de
l’énurésie et des troubles mictionnels de l’enfant.
Vous trouverez ici une sélection des questions posées le plus fréquemment au Docteur Christophe Philippe par ses patients.
Docteur, mon fils a 6 ans et fait toujours pipi au lit, est-ce que je dois m’inquiéter ?
“Tout d’abord, il ne faut ni le gronder car il ne le fait pas exprès, ni s’inquiéter.
Vous savez, à cet âge et surtout chez les garçons, cela arrive très fréquemment. Ce n’est jamais grave et de toute ma carrière je ne connais pas d’enfant qui se soit noyé en mouillant son lit !
Ce qui me paraît par contre important c’est de savoir si votre enfant souffre de cette situation, s’il est malheureux devant les réactions des autres et surtout si vous le réprimandez… Il peut aussi se sentir coupable de vous donner du travail, triste de ne pas vous faire plaisir, isolé et incompris !
Je conseille toujours aux parents dès que le problème devient trop lourd pour eux comme pour leur enfant, de consulter un médecin pour en parler sereinement. Mais rien ne sert de se précipiter parce que votre enfant vient de fêter ses 5 ans et porte toujours sa culotte de nuit. Traiter l’énurésie doit se faire en douceur et peut prendre du temps ! Ce n’est jamais une urgence.”
On m’a dit qu’il y avait des médicaments pour guérir le pipi au lit, sont-ils efficaces ?
“Oui parfois,. Ce sont des médicaments qui peuvent soit empêcher que la vessie se remplisse trop la nuit, soit l’empêcher de s’agiter pendant le sommeil (elle se contracte et provoque des petites fuites). Ils sont souvent prescrits pour des périodes courtes et peuvent aussi redonner confiance à votre enfant. En aucun cas, ils ne doivent être renouvelés indéfiniment. Ce qui me paraît essentiel c’est d’accompagner l’enfant tout au long de son problème. L’aider , le soulager, dialoguer avec lui pour lui redonner confiance : C’est en ce sens que le produit Huggies® DryNites® avec ses culottes de nuit me séduit car elles contribuent à une retour vers la sérénité. C’est une aide précieuse dans ma démarche vers mes petits patients : n’est pas le pipi au lit que je soigne mais l’enfant.”
Un médecin m’a dit “votre enfant est grand maintenant, ce n’est pas un bébé alors il ne faut plus mettre de couche”.
“J’ai aussi dit des choses comme ça quand j’ai commencé à pratiquer mon métier de pédiatre, car c’est ainsi que nous avions appris notre leçon…
Puis j’ai rencontré des mères qui s’affolaient, ne supportaient plus les rituelles lessives, les galères quand il fallait dormir ailleurs, les mauvaises odeurs qui résistaient aux plus puissants désodorisants… J’ai parlé avec les enfants qui se sentaient honteux, malheureux, coupables et surtout ”mal dans leur peau”, presque désespérés… Tout ça parce qu’ils avaient mouillé leur lit. A tout cela, je dis Non !… Votre enfant sera grand si vous lui permettez de grandir. Il apprend à se débrouiller tout seul. Vous n’aurez plus à lui dire “n’oublie pas de faire pipi avant d’aller te coucher”, il ne fera de lui-même parce qu’il aura bien compris. Vous n’aurez pas à lui mettre sa culotte de nuit ou changer et laver toute sa literie parce qu’il deviendra vite autonome : c’est comme ça qu’il va grandir et vaincre son énurésie !”
Je connais une fille de 11 ans qui mouille toujours son lit et elle n’ a pas l’air de s’inquiéter, ni ses parents d’ailleurs.
“L’énurésie est si fréquente qu’il n’est pas rare de rencontrer ce type de cas. Ne pas s’inquiéter ne veut pas dire s ‘en désintéresser et le pire serait de laisser l’enfant à son triste sort. Cet enfant n’a peut-être pas eu la chance d’être aidée et de recevoir de bons conseils ! Elle peut alors d’être installée dans son énurésie et ses parents ont fini par capituler. Elle souffre certainement de cette situation mais n’en parle pas. L’énurésie régresse parfois plus difficilement pour certains enfants. Il convient alors de trouver des moyens pour que ce ne soit pas trop l’enfer quotidien à la maison.
Le port d’une culotte de nuit évite bien des désagréments matériels et l’enfant se sent plus confiant. Tant qu’on me parle de lessives, je ne peux pas avancer mon dialogue avec parents et enfants ! A ce propos, je me souviens d’un pédiatre américain qui disait : “si les enfants énurétiques ne mouillaient pas leur lit et si l’urine sentait la rose, tout le monde s’en ficherait !”. C’est un peu çà tout de même. Ce qui est important c’est le bien-être de votre enfant.”
Alors docteur, l’énurésie est-elle vraiment une maladie qu’il faudrait absolument guérir ?
Il y a deux questions dans votre question. Tout d’abord “l’énurésie est-elle une maladie ?” : c’est une question fort intéressante, qui fait débat dans bien des congrès de spécialistes. Certains en font une “maladie” qui justifierait la prescription systématique de médicaments. L’enfant “malade” se sentirait moins coupable et moins honteux . C’est ce qu’il dit d’ailleurs spontanément à ses copains : “c’est pas de ma faute, j’ai une maladie”.
Pour ma part, je préfère dédramatiser et surtout “ne pas en faire une maladie”, cela rassure toujours l’enfant. Pour commencer, je lui explique le fonctionnement de l’appareil urinaire : J’insiste particulièrement sur le fait que ses reins ne sont pas malades et que s’il en était ainsi, à quelques exceptions près, il ne ferait pas du tout pipi. Disons qu’ils fonctionnent un peu à l’envers. Ainsi, l’enfant comprend vite que “faire pipi est signe de bonne santé” mais qu’il serait mieux pour lui de faire pendant la journée et pas uniquement la nuit.
Maintenant, la deuxième question “faut-il absolument la guérir ?” : on parle effectivement de “guérison” en rapport avec une “maladie”. Je n’emploie jamais ces termes devant un enfant énurétique. Je joue franc-jeu avec l’enfant en ne lui promettant pas monts et merveilles ni en lui vantant les mérites d’un médicament magique qui serait la solution à tous ses problèmes. Si certains enfants vont venir très rapidement à bout de leur énurésie, d’autres seront découragés par les échecs successifs des différentes méthodes utilisées. Comme je vous l’ai déjà dit, ce qui est important c’est d’accompagner l’enfant tout au long de sa prise en charge, c'est-à-dire s’occuper de l’enfant et pas seulement de son énurésie. C’est le soigner, c'est-à-dire prendre soin de lui, l’écouter . C’est avant tout faire en sorte que le retentissement de son énurésie ne soit pas néfaste à son bon développement. Bien entendu, tout sera mis en œuvre pour aider l’enfant à se débarrasser de son énurésie mais encore faut-il qu’il le veuille. En fait, il n’y a pas de recette mais des ingrédients qu’il faut savoir doser selon les possibilités offertes à l’enfant. “